Tu l'as vu mon handicap ?

© CD29 - B. Galeron

Portraits d'enfants handicapés.

Benoît Rossignol, photographe amateur, a réalisé une série de portraits d’enfants handicapés. Destinés à l’origine à illustrer un calendrier, ces clichés noir et blanc sont devenus une exposition militante sur un sujet encore tabou : « Tu l’as vu mon handicap ? ».

Tout a commencé par une rencontre. Celle de Benoît Rossignol, photographe amateur, et Christelle Rémi, présidente de l’association Elio et les petits princes du soleil. « Nos filles faisaient de la danse ensemble… », explique Benoît. Un jour, en discutant des moyens de récolter de l’argent pour cette association d’aide aux familles d’enfants handicapés, « je lui ai suggéré de réaliser un calendrier avec des photos des enfants ».

Benoît, qui photographie des paysages, des spectacles de danse, tout en étant fasciné par les portraits noir et blanc des studios Harcourt, ne sait pas encore où cette proposition va le mener. Il commence par installer son studio dans la maison de Christelle, avec l’idée de faire le portrait des enfants de l’association. « C’était marrant » se rappelle Matthéo, l’un des enfants photographiés. Guillaume évoque plutôt les difficultés d’être modèle : « Au début, c’était dur de poser ». Mais le photographe n’est pas plus aguerri qu’eux à ce type d’exercice : « Pour moi aussi c’était la grande inconnue ! Arriver à ce qu’ils se sentent à l’aise, qu’ils prennent des poses. Et en fait, ils m’ont bluffé. Je voulais que quelque chose passe à travers ces portraits : leur sensibilité, leur caractère. Et au début je ne les connaissais pas. Je leur proposais d’être assis sur un tabouret ou allongés. Nous avons essayé plusieurs angles. Quand je ne trouvais pas le bon, je leur disais “faites comme vous le sentez” et là ça marchait ! Nous avons fait plusieurs centaines de photos par enfant, car je ne voulais pas de photo figée. Il fallait du mouvement, du naturel ».

« Au fil de la séance, je ne voyais plus le handicap »

Les mères des deux enfants sont aussi enchantées par l’expérience. « C’est une fierté de voir mon fils aussi beau sur des photos. Cela peut servir à porter un autre regard sur handicap », explique la mère de Matthéo. La mère de Guillaume, elle, a vu son enfant se transformer après cette expérience : « Mon fils était très introverti, il avait peur de la foule, il était stressé par les inconnus. Je ne m’attendais donc pas à ce que ça se passe aussi bien. Il a pris ça comme un jeu. Cela l’a désinhibé, il s’est senti valorisé et il est très fier. Il a lâché prise devant l’appareil… »

Mais l’aventure du calendrier ne s’arrête pas là. Car Benoît réalise, petit à petit, que quelque chose est en train de se passer avec les enfants. « Certains enfants étaient plus difficiles à canaliser, certains vivent dans leur monde. Mais j’attendais de trouver un moment de connivence, qui existait dans le regard ou dans les moments de jeu. Je me suis demandé comment photographier leur handicap, mais au fil de la séance photo, les enfants se sont révélés. Je ne voyais plus le handicap ».

La quantité de photos prise est importante. C’est en les regardant que Benoît se rend compte qu’elles peuvent servir à autre chose… « Je me suis dit que c’était un moyen de faire passer un message. Car on montre trop souvent le corps des personnes handicapées ou leur fauteuil. Mais si on veut, on peut ne pas voir le handicap ». C’est là qu’est née l’idée de faire une exposition sur ce thème.

« Tu l’as vu mon handicap ? » est la question que pose cette série de photos d’enfants, en noir et blanc, qui sourient et prennent la pose, comme tous les autres enfants en somme.

L’exposition a été présentée pour la première fois au Conseil départemental du Finistère en décembre. « Les gens ont été interpellés, témoigne la mère de Matthéo. Et les enfants ont même signé des autographes ». Elle poursuit sa tournée à la Maison départementale des personnes handicapées pendant un mois et demi, puis au Centre de gestion de Vannes, avec un petit passage à la mairie de Relecq-Kerhuon et au collège de Matthéo. Un beau lancement pour ce projet engagé, que Benoît Rossignol espère prolonger.

 

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