Archéologie. Le Rocher de l’Impératrice : un site exceptionnel

© 2017 N. Naudinot et al./PLOS One/Cliché N. Naudinot

Des gravures de 14 000 ans.

Des oeuvres d’art vieilles de 14.000 ans, les plus anciennes de l’histoire bretonne, étaient cachées sous le rocher de l’Impératrice, à Plougastel-Daoulas (29). Une équipe d’archéologues les a mises au jour.

Il y a 14 500 ans au Rocher de l’Impératrice…

© Lionel Duigou pour ArMen

 

Découvert en 1987 par M. Le Goffic, travaillant à la mission archéologie du Conseil général, l’abri sous roche du Rocher de l’Impératrice est en cours de fouille depuis 2013 et s’est révélé être un gisement préhistorique exceptionnel tant au niveau régional qu’international.

Ce site a été occupé il y a environ 14 500 ans selon les datations radiocarbones. Il se situe ainsi dans une période de transition entre deux grandes cultures du Paléolithique supérieur : le Magdalénien et l’Azilien. Cette transition, l’Azilien ancien, qui s’illustre au Rocher de l’Impératrice, est très peu documentée en Europe. Ce gisement contribue ainsi à mieux appréhender cette étape importante du Paléolithique en évaluant les processus et rythmes de changements des sociétés durant une période marquée par des changements environnementaux très marqués. Les différentes études menées sur le site et le matériel archéologique qui y a été collecté ont permis de montrer que les chasseur-collecteurs avaient occupé ce site durant de courtes périodes pour des activités essentiellement tournées vers la chasse (fabrication et utilisation de pointes de flèches et découpe de matières tendres animales). Le site bénéficie d’un point de vu remarquable sur l’actuelle rade de Brest qui constituaient alors il y a 14500 ans en une vaste étendue steppique drainée par de nombreux cours d’eau. Avec un niveau marin plus bas de 80 à 100 m par rapport à aujourd’hui, la côte était en effet située plusieurs dizaines de kilomètres à l’Ouest, à la hauteur de l’archipel de Molène.

Rencontre avec Les plus anciennes traces d’art de Bretagne…

© 2017 N. Naudinot et al./PLOS One/ cliché N. Naudinot, croquis C. Bourdier

 

Le site a également fourni une cinquantaine de plaquettes de schiste gravées qui constituent aujourd’hui les plus anciennes traces d’art en Bretagne. A l’échelle européenne, les témoignages artistiques des groupes de cette période (Azilien ancien) sont particulièrement rares. Le Rocher de l’Impératrice est donc un site clef car il permet de comprendre comment la culture artistique des sociétés paléolithique se transforme au cours de cette période. Ainsi, si la plupart de ces éléments sont de petits fragments ou portent des motifs géométriques (comme le triangle et les lignes entrecroisées), quelques rares plaquettes portent des dessins très figuratifs de chevaux ou d’aurochs qui rappellent les dessins du Magdalénien qui précède (Lascaux, Altamira, Niaux). Il semblerait donc que si ces groupes ont déjà transformés leur culture technique, ils conservent encore longtemps leur tradition artistique. Il a également été possible d’identifier des colorants (à base de charbons de bois) dans les gravures de certaines plaquettes.

Des environnements bien différents…

Vous êtes aujourd’hui au coeur d’un milieu très boisé. Vous dominez également l’estuaire de l’Elorn, la rade de Brest et quelques kilomètres plus à l’ouest la Mer d’Iroise. Cet environnement n’a rien à voir avec celui que les chasseur-collecteurs aziliens pouvaient avoir devant leurs yeux au Rocher de l’Impératrice…

Pas de mer à cette époque !

Même si la remonté du niveau marin est engagée depuis environ 18 000 ans (après la dernière période glaciaire), celui-ci reste toutefois entre 80 et 100 m plus bas que le niveau actuel. L’actuelle rade de Brest était alors une grande étendue parcourue par de nombreux cours d’eau aux vallées parfois très encaissées. Le trait de côte se situait alors bien loin de la rade, du côté de Ouessant.

Pas de forêt mais plutôt une vaste steppe…

La végétation était également très différente. Grâce à l’étude des charbons de bois découverts sur le site et aux données des régions voisines, on sait ainsi que le paysage du site était steppique et parsemé de quelques arbres comme des pins ou des genévriers. Quant aux animaux, si les sols acides du Massif armoricain n’ont pas permis la préservation d’ossement, on sait que la faune devait principalement être constituée de chevaux, aurochs et cerfs.

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