Le tour en Finistère, une géographie singulière à découvrir

Paysages remarquables et particularités géologiques de cette première étape

La première étape du Tour de France 2021, le samedi 26 juin, de Brest à Landerneau, va donner du fil à retordre à tous les coureurs. Entre plats, vallonnements et cotes raides, 198km les attendent dans le Massif armoricain.
Une occasion unique de valoriser les paysages remarquables du département et ses particularités géologiques que nous fait partager le géologue Max Jonin, de la Société géologique et Minéralogique de Bretagne (SGMB).
La SGMB est partenaire du Département pour les actions de connaissance et de préservation des espaces naturels sensibles.

Dominant le port de commerce de Brest – lieu du départ de l’étape – les remparts sont construits sur l’orthogneiss éponyme (daté à 508 Ma) qui forme la falaise entre le port et la ville, relayé vers la Moulin Blanc par les cornéennes de l’auréole de métamorphisme de contact développé dans les schistes briovériens de l’Elorn. Le vieux pont Albert Louppe (ingénieur Eugène Freyssinet, premier pont en béton précontraint d’Europe en 1930, labellisé « Patrimoine du XXème siècle ») franchit l’estuaire de l’Elorn dominé au sud par les rochers de Roch Nivelen et de l’Impératrice (à l’est) constitué par les Quartzites de La Roche Maurice (Ordovicien inférieur, 480 Ma env.), équivalent du Grès armoricain.

Les coureursne le pourront pas mais il ne fautpas passer Plougastel-Daoulas sans admirer son calvaire – un des plus remarquables de Bretagne – qui a été édifié avec deux roches iconiques du  Pays de Landerneau-Daoulas et de la région de Brest, largement présentes dans toute l’architecture historique : la kersantite (« le kersanton ») et la microgranodiorite ocre de Logonna-Daoulas (« la Pierre du Roz »).

Après un départ assez calme, la première grimpette est celle de Trébéolin (connue des cyclistes comme « la côte des cochons » au regard de la grande porcherie qui la jouxte !!) après le bourg de Lopheret, il s’agit de franchir le relief formé par la résistante Formation des Schistes et quartzites de Plougastel (Siluro-Dévonien  419 Millions d’années) qui, armée de puissants bancs de quartzite, est un marqueur récurrent du paysage sur tout le parcours.

Daoulas est un petit port au fond d’une ria (un aber en breton) estuaire de la Mignone établie dans le Dévonien inférieur et moyen. Dans la descente l’horizon est fermé au sud-est par les Montagnes noires et au sud-ouest par la croupe du Menez-Hom tandis que quelques percées vers l’ouest laissent apercevoir la rade de Brest. Vers le sud, les hauteurs sont formées notamment par le Grès de Goasquellou (Dévonien supérieur). Le Camfrout - petit aber - permet à L’Hôpital-Camfrout  d’être également un port. La route se poursuit dans les formations diverses du Dévonien : schistes, grès, grauwackes, calcaires accidentant diversement le relief jusqu’à la descente vers la rivière du Faou dans les schistes. La crête de Quimerc’h (165 m, antennes radio), barre des Schistes et quartzites de Plougastel ferme l’horizon. Le Faou est un autre petit port. Ne pas manquer d’admirer la qualité architecturale du vieux bourg qui associe pierre du Roz et kersanton de façon très caractéristique et offre des belles façades à pan de bois.

Le Faou est la porte de la presqu’île de Crozon, connue pour ses pierres parmi les anciennes d’Europe. Ce riche patrimoine géologique fait l’objet d’une candidature au label international Geopark, porté par le Parc naturel régional d’Armorique ( https://geopark.pnr-armorique.fr/).

Dès la sortie du bourg commence la longue montée vers Rosnoën   établie bien sûr sur la Formation des Schistes et quartzites de Plougastel que l’itinéraire va suivre en balcon au dessus de la vallée de l’Aulne et face au relief arrondi du Menez-Hom jusqu’au pont de Terenez. L’Aulne, un des plus grands fleuves de Bretagne, prend sa source à l’est des Monts-d’Arrée et, après avoir méandré dans le bassin carbonifère de Châteaulin, vient ici en quelques ultimes méandres encaissés, franchir en cluse la barre résistante des Schistes et quartzites avant de pénétrer dans la rade de Brest. L’Aulne est franchi sur le récent élégant pont courbe à haubans de Terenez du à l’ingénieur Michel Virlogeux (qui a aussi œuvré au viaduc de Millau) et à l’architecte Charles Lavigne.

L’itinéraire rejoint Argol quasi toujours en grimpette d’abord dans ces mêmes schistes et quartzites (7%) jusqu’à rejoindre la D 887. Le sommet du Ménez-Hom (330 m) à l’est, est l’élément majeur du paysage. Ce relief résiduel dans la Formation du Grès armoricain (Ordovicien inférieur 480Ma) est une crête d’interfluves qui fut une île il y a quelques millions d’années lors de l’épisode transgressif de la mer des faluns (Miocène) comme en témoignent des galets marins accumulés sur ses flancs.  Il s’agit d’un grès quartzite du à la silicification des sables issus de l’érosion de la chaîne de montagnes cadomienne, roche peu altérable, très résistante, très présente dans les paysages dans tout le Massif armoricain.

L’itinéraire le délaisse et plonge dans la vaste dépression du Porzay établie dans les schistes du Briovérien (550 Ma)face à la Baie de Douarnenez. Dans cette cuvette, le réseau hydrographique a accidenté la topographie  avec des incisions marquées qui offrent ponctuellement de sérieux dénivelés.

A l’horizon, droit devant, la croupe de la « Montagne de Locronan » est constituée par le petit massif leucogranitique éponyme, daté du Carbonifère. Une côte sévère permet d’accéder à la petite cité médiévale toute grise de granite, elle démarre  dans l’auréole de cornéennes du métamorphisme de contact dans le Briovérien encaissant puis dans le granite. La traversée du village (s’attarder pour une visite s’impose) avec ses pavés rappellera un instant aux coureurs d’autres épreuves célèbres avant de poursuivre la longue montée (cote 203) sur le haut du massif granitique.

La route plonge ensuite sur Plogonnec (bel enclos paroissial) installé sur une métagranodiorite qui ne marque pas le paysage. Désormais, l’itinéraire se poursuit dans le domaine métamorphique et granitique sud-armoricain, racines de la chaîne de montagnes hercynienne, jusqu’à Quimper Après Guengat (bel enclos paroissial) la route descend vers la vallée de l’Odet. Quimper est située sur le cisaillement sud-armoricain et occupe un petit bassin effondré dans le Carbonifère supérieur (Stéphanien)comme en attestent lesdébris (fossiles) de fougères trouvés sous la gare SNCF. La traversée de la ville se fait le long de l’Odet, fleuve côtier qui en fait un port. La marée remonte ainsi jusqu’aux quais de l’Odet dans lequel on peut observer des mulets. Le centre ville est dominé par le Mont Frugy formé par des roches écrasées (mylonites) le long du cisaillement. La route quitte la vallée par une montée progressive vers le plateau et Briec installé sur une hauteur où l’on retrouve les Schistes et quartzites de Plougastel. Le retour vers le nord va retrouver les formations paléozoïques.

En  descendant sur Châteaulin, on notera les éoliennes, à l’ouest sur les hauteurs dans le Grès armoricain à l’est sur une butte armée pour partie par les Schistes et quartzites. La ville est établie sur les bords de l’Aulne canalisée. Châteaulin est un port, la marée y remontait avant la construction du barrage en aval de Port-Launay. Sur la rive gauche, les Schistes et graywackes du Carbonifère (Viséen supérieur et Namurien) constituent la haute falaise qui domine le centre ville. On remarquera l’hôtel de ville, architecture publique typique de l’époque (1912) due à l’architecte Charles Chaussepied. C’est ensuite une nouvelle belle côte – la montée de Stang ar Garront - pour quitter la vallée et traverser le bassin carbonifère. A la cote 140, sur le plateau, une belle vue se dégage sur les Montagnes Noires dominant le bassin au sud. Bientôt, le bourg de Pleyben apparaît avec son clocher (en travaux !) dont la traversée permet un regard sur le calvaire, un des plus remarquables de Bretagne (maçonnerie en granite et sculptures en kersantite). L’itinéraire se poursuit vers le nord et rapidement les Monts d’Arrée formeront l’horizon après avoir franchi la Doufine à Pont Keryau. Les masses sombres des boisements sommitaux de conifères altèrent le paysage de landes. La route monte vers Brasparts, passe au pied du Menez Mikaël (381 m) relief de Grès armoricain couronnée par une chapelle. Devant nous, s’étire la chaîne des roc’hou armée par les Schistes et quartzites qui forment les points culminants de la Bretagne (Roc’h Trevezel 384 m) et vers l’est la cuvette du Yeun Ellez (dans le Briovérien) et son lac de retenue de barrage garde le souvenir de la centrale nucléaire de Brennilis dont le démantèlement a commencé … il y a 30 ans.

Longue descente vers Saint-Rivoal installé sur les Schistes de Postolonnec (Ordovicien inférieur 470 Ma) puis remontée – côte de Saint-Rivoal - pour franchir la ligne des roc’hou (Schistes et quartzites de Plougastel) et découvrir une belle vue sur le lac de barrage du Drennec sur l’Elorn et le vaste plateau du Léon. Après la traversée du petit bourg de Saint-Cadou, une nouvelle grimpette – toujours dans la même formation - permet d’accéder au plateau de Menez-Meur où se situe le siège du parc naturel régional d’Armorique. A la cote 304 m la vue s’étend au nord vers la rade de Brest et le Léon, au sud vers les Montagnes noires.

Belle descente vers Hanvec, puis remontée sur Saint-Eloy (toujours les Schistes et quartzites !) qui offre une belle vue sur le Menez-Hom. Le village de Le Trehou est situé sur des formations du Dévonien inférieur. Après  la montée sur Tréflénevez (Schistes et quartzites) on découvre de nouveau une vue sur les Monts-d’Arrée et le Menez-Hom avant une longue descente vers la vallée de la Mignone pour remonter à Saint-Urbain (Schistes et quartzites). Landerneau s’approche par une descente dans la vallée de l’Elorn installée dans les schistes briovériens de la formation éponyme. La ville, au fond d’une ria, fut un port actif et une cité prospère comme en témoigne une architecture de belles demeures qui emploient largement le kersanton et la pierre du Roz. L’Elorn est franchie par un pont habité ; avant la construction du pont moderne entre Brest et Plougastel, c’était là le passage obligé entre le nord et le sud Finistère, entre Brest et Quimper.

Une dernière grimpée pour bien finir la journée : la côte de La Fosse aux Loups , ancienne route de Saint-Urbain, évidemment sur les Schistes et quartzites de Plougastel.

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