La grotte de Menez Dregan

Vue d’ensemble de la grotte de Menez Dregan en cours de fouille en 2018. Vue d’ensemble de la grotte de Menez Dregan en cours de fouille en 2018. © A.-L. Ravon.

À Plouhinec.

Révélant la présence des plus anciennes traces de feu en Europe vers 465 000 ans avant notre ère, la grotte marine de Menez-Dregan est un site majeur du Paléolithique.

Un habitat du Paléolithique

Découvert en 1985 par Bernard HALLEGOUET, il s’agit d’un habitat du Paléolithique inférieur, localisé dans une échancrure des falaises de la Pointe du Souc’h. Cette ancienne grotte marine, dont le toit s’est progressivement effondré, fait l’objet de fouilles depuis 1991 dans le cadre d’un programme interdisciplinaire, sous la direction de Jean-Laurent MONNIER jusqu’en 2011, puis de Claire GAILLARD entre 2012 et 2017. Sa fouille se poursuit depuis, tous les étés, sous la responsabilité d’Anne-Lyse RAVON, chercheur associé à l'Université de Rennes1.

Un abri sous roche

Grotte de Menez-Dregan, vue de la mer. (Agrandir l'image). Grotte de Menez-Dregan, vue de la mer. - © S. Remy

Il y a plus d’un million d’années, l’érosion marine a sans doute commencé à former la grotte de Menez-Dregan. Ainsi, lors des périodes glaciaires, l’océan se retirait de plusieurs kilomètres. Des paysages de toundra ou de steppe se dessinaient. A l’inverse, lors des périodes interglaciaires, la mer pouvait monter au-delà de son niveau actuel.

Aujourd’hui perchée nettement au-dessus du niveau de la mer, elle s’est effondrée progressivement et d’énormes blocs tombés de la voûte sont venus écraser les couches d’occupation, cristallisant ainsi les traces laissées par les hommes pendant plus de 200 000 ans.

Exposé plein sud, cet abri naturel était un lieu favorable à l’observation et à l’installation de groupes humains pendant les périodes les moins froides du Paléolithique.

Des traces d’une des premières occupations humaines

Outils couche 4. (Agrandir l'image). Outils couche 4. - © A.-L. Ravon

A trois ou quatre reprises, la grotte fut totalement recouverte par la mer. Entre ces périodes au moins 17 niveaux d’occupation humaine sont attestés grâce aux traces de charbons de bois, aux nombreux éclats de taille et aux quelques restes osseux animaux retrouvés.

Les indices découverts dans les plus anciennes couches de la grotte font remonter son occupation vers 465 000 ans avant notre ère. Au Paléolithique, les hommes ont utilisé les galets ramassés sur la plage et les ont taillés pour les transformer en outils. Leur étude nous a permis de reconstituer les enchaînements des gestes qui les ont produits et de révéler l’ingéniosité des artisans de l’époque (des galets aménagés, appelés « choppers », à tranchant façonné sur une seule face, des galets fracturés, ainsi qu’un outillage léger de racloirs).

Il est possible que des aménagements sommaires aient été mis en place (à base de branchages et de peaux, de litières d’herbes…), mais il n’en reste guère de trace.

Les plus anciens témoins en Europe de la maîtrise du feu par l’homme

Illustration, Centre d’interprétation de Menez Dregan. (Agrandir l'image). Illustration, Centre d’interprétation de Menez Dregan. - © Jérémy Thomas

L’intérêt du site de Menez-Dregan tient aussi à la présence de « structures » attestant des feux entretenus par l’homme, parmi les plus anciens connus à ce jour.

Des hommes se sont installés dans cette grotte et vont y passer du temps à tailler des outils, dépecer des animaux ou tout simplement s’abriter. Ces espaces de vie, même si ils sont difficiles à appréhender, vont s’organiser sans doute autour de foyers.

Plusieurs types de traces de feu entretenu par l’homme ont été retrouvés, témoignant des évolutions des aménagements et donc des techniques : du foyer sommaire, délimité par quelques galets à celui fait de blocs de granit plats permettant d’aplanir le sol.

Pour allumer un feu par percutions, il faut 3 éléments : du silex, une roche composée de minerai de fer et un végétal sec. Il faut ensuite entretenir les braises par l’ajout d’herbes sèches et de bois. Une autre méthode, par friction, consiste à faire tourner rapidement un petit bâton sur un autre morceau de bois disposé sur des herbes sèches ; le nid de chaleur provoqué allume le tas de brindilles.

Sur le site, des foyers « en cuvette », creusés directement dans le sol (zone rubéfiée : terre rougie par le feu), sont associés à d’abondant débris de charbons de bois, d’os, de silex et pierres chauffées. La fouille de ces structures a livré une dent d’éléphant et des ossements de grands mammifères. Leur mauvais état de conservation a conduit à développer un programme de paléo-génétique (étude de l’ADN ancien) ainsi l’existence d’un périssodactyle (équidé) a pu être détectée.

A ce jour, aucun reste humain n’a été découvert sur ce site. Nous pouvons cependant nous faire une idée de sa physionomie par comparaison avec les ossements trouvés dans le gisement de Tautavel (Pyrénées-Orientales), qui date approximativement de la même époque. Il s’agirait de « pré-néandertaliens » et plus précisément d’un Homo Heidelbergensis chasseur-cueilleur, il serait le premier homme à avoir domestiqué le feu.

Une fouille minutieuse et des méthodes scientifiques d’étude interdisciplinaires

Détail des niveaux d’occupation (couche 5).	 (Agrandir l'image). Détail des niveaux d’occupation (couche 5). - © J.-L. Monnier

Pendant la fouille, chaque indice fait l’objet d’un relevé des coordonnées spatiales (en plan et en altitude), les objets sont ensuite mis en sachets et étiquetés. Afin de ne pas perdre les tout petits vestiges, chacun des fouilleurs tamise et trie soigneusement la terre qu’il recueille sur son secteur. Les charbons de bois de plus de 2 mm pourront être identifiés. On récupère également les micros éclats de roche qui témoignent de la taille de pierre.

L’étude des sédiments géologiques, complétée par des analyses de micromorphologie, nous donne des informations sur le climat. Les pollens, retrouvés après le tamisage de la terre extraite de la fouille, nous ont permis d’identifier des espèces végétales et ainsi reconstituer les paysages de l’époque (palynologie). Enfin des analyses physiques et chimiques des sédiments (minéraux siliceux : quartz et feldspath en particulier) peuvent nous fournir des éléments de datation complémentaires.

L’archéologie nous éclaire sur les variations du climat et leur impact sur l’occupation humaine

Vue aérienne du site de Menez-Dregan à Plouhinec (Finistère). (Agrandir l'image). Vue aérienne du site de Menez-Dregan à Plouhinec (Finistère). - © C. Martin

L’occupation de cette grotte est révélée par l’étude stratigraphique, qui témoigne de la succession de dépôts littoraux anciens, qui scellent 17 couches d’occupations humaines (situées entre - 200 000 et - 500 000 ans). Ces dépôts littoraux correspondent à des périodes tempérées (« inter-glaciaires »), où le niveau de la mer a monté. Donc les occupations humaines se placent dans un contexte climatique assez tempéré et océanique, mais en cours de refroidissement.

Les hommes du Paléolithique étaient des chasseurs-cueilleurs. Ils se nourrissaient principalement de grands herbivores. Le rivage marin étant éloigné de 5 à 10 km, de larges espaces herbeux, en contrebas de la falaise dans laquelle s’ouvre la grotte, étaient favorables à cette faune (éléphants, rhinocéros, bovidés, cervidés…). Les hommes pouvaient les observer depuis le promontoire du Souc’h, les chasser ou les piéger, voire récupérer des animaux morts. Les occupations humaines, durant plus de 200 000 ans, étaient alors discontinues, la grotte n’étant occupée que dans les périodes de fin d’interglaciaire-début glaciaire. Lorsque le froid devenait intense, les hommes s’éloignaient probablement vers les contrées méridionales.

Le centre d’interprétation de Menez Dregan

Inauguré en 2012, le centre d’interprétation (géré par la commune de Plouhinec) dévoile l’histoire globale de l’occupation de ce site à l’époque préhistorique. Des dolmens de la pointe du Souc’h à l’allée couverte de Pors Poulhan, en passant par la grotte de Menez-Dregan, il permet de faire un voyage dans les temps préhistoriques. Il vient compléter un sentier d’interprétation en 9 étapes qui évoque l’évolution du climat, les différentes pratiques humaines mais aussi les méthodes et les apports de l’archéologie.

 

Bibliographie

  • Hallégouët, B., Hinguant, S., Gebhardt, A. et Monnier, J.-L. (1992) - « Le gisement paléolithique inférieur de Menez Dregan 1 (Plouhinec, Finistère). Premiers résultats des fouilles», Bulletin de la Société préhistorique française, t. 89, 3, pp. 77–81.
  • Monnier, J.-L., Hallégouët, B., Hinguant, S., Van Vliet-Lanoe, B., Falguères, Ch., Laurent, M., Bahain, J.-J., Marguerie, D., Mercier, N., Geigl, E. et Molines, N. (1996) - « Menez Dregan (Plouhinec, Finistère) et le Paléolithique inférieur à l’ouest de la France », in: Actes du XIIIe Congrès UISPP, Facchini, F., Palma di Cesnola, A., Piperno, M. et Peretto, C., (Éds.), Forlì, ABACO éd., vol. 2 - Lower and Middle Palaeolithic, pp. 99–108.
  • Gaillard, C., Le Goffic, M., Monnier, J.-L., « Menez Dregan », Éditions Jean-Paul Gisserot, 16 pages, (ISBN 978 275580 514 7)
  • Ravon, A.L. (2017) – « 30 ans de fouilles à Menez-Dregan 1 » (Plouhinec, Finistère), Bulletin de l’A.M.A.R.A.I., n°30, pp.35-52.

La grotte de Menez Dregan - Galerie photos

Informations complémentaires

Contact(s)

> Visiter le site de Menez Dregan

Centre d'interprétation du patrimoine archéologique
Rue de la corniche
29780 Plouhinec

Horaires et jours de visites
Juillet et août : tous les jours sauf le mardi matin : 10h30 à 12h30 et 14h à 18h.
En dehors, se renseigner à l'Office du Tourisme de Plouhinec.
02 98 70 74 55

www.plouhinec-tourisme.com

> Centre départemental d'archéologie du Finistère

02 98 81 07 20

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