Beg ar Loued, un habitat insulaire de l’âge du Bronze ancien

© Marine nationale

Depuis près de 20 ans, une activité archéologique soutenue dans l’archipel de Molène, a permis de mettre en évidence de nombreux vestiges du Néolithique et de l’âge du Bronze : concentration exceptionnelle de monuments mégalithiques, d’habitats, barrages de pêcheries, amas coquilliers avec restes de faune, céramiques et pierres taillées… autant d’indices qui permettent de cerner la nature des occupations humaines et leur chronologie. Pour mieux comprendre les hommes qui vécurent dans l’archipel durant la Préhistoire récente et les relations qu’ils entretenaient avec l’environnement, des études ont été menées sur les variations du niveau marin, la formation des sols, l’origine des matériaux utilisées, le paysage végétal et la faune.

Sur l’île de Molène, la fouille du site de Beg ar Loued a révélé deux maisons superposées en pierres sèches, datées de l’âge du Bronze ancien (2200-1800 av. n. è). Grâce à leur recouvrement par la dune, celles-ci étaient exceptionnellement préservées et associées à plusieurs niveaux d’occupation permettant de renseigner le mode de vie de leurs habitants.

La première maison de plan ovalaire allongé, longue de 16 m au minimum, était soigneusement appareillée et sa charpente supportée par une série de poteaux en bois. Après une phase d’abandon (une ou deux générations ?), une seconde maison est construite sur les ruines de la première. Cette seconde maison d’un module plus réduit (9,5 m de longueur) est aussi celle qui est la mieux conservée avec des murs encore en élévation sur plus d’un mètre par endroits. Les murs porteurs de cette maison, érigés sur des fondations peu stables, ont connu des problèmes de portée que les habitants ont tenté de résoudre à l’aide de différents procédés (dalles de soutènement, contreforts). Contrairement à la première maison qui disposait d’un axe faîtier supportant la charpente, la seconde bâtisse devait avoir son toit posé directement sur les murs. Leur couverture pouvait être assurée par du chaume ou des mottes de gazon.

Les vestiges mis au jour indiquent une économie à large spectre exploitant l’ensemble du milieu insulaire. À l’âge du Bronze ancien, le site de Beg ar Loued se trouvait à une centaine de mètres en retrait du rivage et disposait d’un bon point de vue sur l’ensemble des îles méridionales de l’archipel. Le niveau marin se situait autour de 3,60 m sous son niveau actuel et permettait un accès pédestre régulier à l’île de Trielen par l’estran. Les indices climatiques suggèrent un climat plus frais, plus humide et plus venteux qu’aujourd’hui. Les données anthracologiques montrent que le chêne continue de décliner au profit des landes et fourrés littoraux composés du genêt et de l’ajonc, du prunellier et possiblement de l’aubépine. Le chêne n’est plus présent que sous forme de taillis. La formation alluviale est consolidée avec le développement du frêne, du sureau, du noisetier, des ronces et des Monocotylédones auxquels se joignent l’aulne et le bouleau dans les zones gorgées d’eau. Les arbres et arbustes n’ont pu a priori persister sur Molène jusqu’au début de l’âge du Bronze qu’à l’abri des vents et des embruns. Il est possible de les imaginer sur l’île, protégés par une première lisière coupe-vent constituée de taxons résistants aux embruns. Compte tenu de la présence de cultures, on peut aussi émettre l’hypothèse de haies ou de lisières délimitant des parcelles.

Les habitants de Beg ar Loued cultivaient céréales (les orges nue et vêtue, l’amidonnier et le froment) et légumineuses (la féverole et le pois) et élevaient des moutons (pour leur lait), des cochons et des bœufs, ces derniers pouvant être importés du continent pour l’entretien du cheptel. La chasse aux oiseaux (les goélands, le grand cormoran, le pingouin torda, le macareux moine, la bécasse) semble également avoir été pratiquée. L’estran était largement exploité pour la pêche à pied (essentiellement des patelles) et la capture des poissons au moyen de barrages en pierre mais aussi pour s’approvisionner en galets de silex, de quartzite et de quartz nécessaires au façonnage de l’outillage. En revanche, les imposantes meules en granite retrouvées en nombre sur l’habitat étaient réalisées à partir de blocs extraits de carrière de granite. Quelques indices – fragment de minerai, lingotière, parures en tôle – attestent une petite métallurgie du cuivre vraisemblablement réalisée sur place. D’autres pierres comportent, quant à elles, une ou deux cupules ornementales et rejoignent un petit corpus d’art mobilier similaire, connu dans les tombes sur le continent. Les céramiques sont toutes produites à partir d’argiles locales ; certaines comme les gobelets fins à engobe rouge témoignent d’une réelle maîtrise de cet art du feu. Stylistiquement, ces productions s’inscrivent dans ce que l’on connaît à l’échelle régionale ou au-delà.

Tous ces éléments montrent que les insulaires avaient des relations régulières avec le continent. La surproduction de lait (pour en faire des fromages ?) et le séchage probable de grands spécimens de daurades royales et de bars pouvaient permettre d’alimenter ces échanges avec, pourquoi pas, en retour des bœufs ou des matières premières comme le cuivre ou des bois de cerf. L’archipel semble connaître les mêmes évolutions dans l’aménagement du territoire que le continent, où se développent des systèmes parcellaires étendus, délimités par des fossés ou, sur la côte, par des murs en pierre. À Beg ar Loued, l’espace autour de la maison est divisé par plusieurs murets, tandis qu’aux alentours et à Zoulierou (une vaste nécropole située à 250 m) une série de talus bas armés de pierres découpent l’espace. Les barrages de pêcheries sur estran participent de cette logique de découpage et d’appropriation de l’espace côtier par les groupes humains. Ainsi, l’archipel de Molène au Bronze ancien paraît densément peuplé et fonctionne en adéquation avec le continent, à une période où la navigation en mer se développe fortement.

Localisation :
Beg Ar Loued 29259 Île-Molène

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