Le cairn de Goasseac’h

Cairn de Goasseac’h à Carhaix © Jacky Meslin

Un géant de pierre au cœur de la Bretagne

En plein cœur de la Bretagne, près de Carhaix-Plouguer, une découverte archéologique exceptionnelle bouleverse notre compréhension des sociétés néolithiques. Depuis 2019, les fouilles du cairn de Goasseac’h révèlent un monument funéraire géant, long de 110 mètres, abritant au minimum neuf dolmens. Ce site, daté du milieu du Ve millénaire avant notre ère, prouve que les communautés du Néolithique moyen ne se limitaient pas au littoral pour ériger leurs monuments de grandes dimensions.

Contrairement aux cairns côtiers bien connus, comme celui de Barnenez (Plouezoc’h, Finistère), du Souc’h (Plouhinec, Finistère) ou d’Er Grah (Locmariaquer, Morbihan), Goasseac’h se dresse à l’intérieur des terres, dans le bassin de Châteaulin, une dépression géologique riche en schistes et grauwackes. Ces pierres, extraites de carrières voisines, ont servi à construire un édifice multi-phasé, agrandi et remodelé sur plusieurs générations.

La fouille du dolmen le plus au sud a livré des niveaux funéraires intacts datant du Néolithique moyen. Parmi les découvertes les plus marquantes : le dépôt de la plus ancienne crémation connue pour le mégalithisme. Les ossements calcinés, triés avec soin après le bucher, avaient été placés entre des pierres le long de la paroi nord de la chambre. Deux perles vertes, possiblement en variscite espagnole, et un pot de type Castellic, orné de motifs en goutte d’eau réalisés à l’aide d’un coquillage similaire au bigorneau, accompagnent ces restes. Ces objets, que l’on trouve habituellement sur la côte morbihannaise, soulignent le prestige de ces dépôts.

Les analyses révèlent que ces ossements appartiennent à un seul individu adulte, dont la crémation remonte à 4300 avant notre ère. D’autres dolmens montrent des traces de condamnation ritualisée : leurs entrées étaient bloquées par des murs de pierre et des masses de terre, afin de sceller ce qui se trouvait à l’intérieur. Ceci n’a pas empêché des intrusions postérieures.

Cette découverte est spectaculaire à plusieurs titres. Goasseac’h devrait dépasser en nombre de chambres funéraires des sites emblématiques comme Barnenez, Le Souc’h dans le Finistère ou La Hogue en Normandie. L’architecture, les techniques de construction comme les voûtes en encorbellement, les dallages et les parois de condamnation, témoignent d’une maîtrise architecturale remarquable employant principalement la maçonnerie en pierre sèche. Enfin, le site a été utilisé pendant près de 2000 ans, jusqu’à l’âge du Bronze, prouvant son importance durable pour les communautés locales.

Les fouilles se poursuivent pour identifier l’architecture complète du site et les pratiques funéraires, dater précisément chaque phase de construction grâce à des méthodes complémentaires comme le radiocarbone, la luminescence ou l’archéomagnétisme, et reconstituer le paysage autour du cairn, en lien avec les habitats et les voies de communication de l’époque. Goasseac’h n’est pas qu’un monument : c’est une fenêtre ouverte sur le passé, qui révèle comment les premières sociétés agricoles de Bretagne honoraient leurs morts, structuraient leur espace et perpétuaient leur mémoire.

Florian Cousseau
Postdoctoral research associate
Megalithic origins project
Durham University

Localisation :
Goassec'h 29270 Carhaix-Plouguer

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